Pour continuer avec le thème précédent, je vais un peu plus développer ma situation.
Je ne tiens pas à passer pour une grosse frustrée déprimée, bien que j'en ai peut être l'air d'après ce que j'ai écrit avant...
Mais je pense que ce que je vis en ce moment doit être symptômatique de ce que peuvent vivre les exilés ou autres en retrouvant leur pays d'origine.
Je suis née au Chili, de mère et de père Chiliens. Ma famille est totalement Chilienne dans une certaine mesure-il y a toujours du métissage surtout ici- et elle a toujours vécu ici, grands parents, oncles tantes, cousins cousines bref. Ma grand mère est d'origine allemande par ses grands parents (Ruth Assmann Boehm ça sonne allemand en effet) et mon grand père d'origine espagnole (en remontant un peu plus). J'ai grandi dans le bonheur et la naïveté jusqu'à ce que ma mère parte suivre ses études en France, lorsque j'avais environ 5 ans. C'est là que j'ai été totalement élevée par ma grand mère, jusqu'à mes 8 ans et demi ou ma mère a été dans les conditions de me faire venir. Ma mère faisait partie de la jeunesse socialiste militante était tombée amoureuse de la France et avait décidé d'y faire sa vie. C'est alors que j'ai quitté le Chili, d'abord pour la Lorraine, nous avons vécu deux ans à Metz, et ensuite lorsqu'elle a eu un nouveau poste nous sommes parties vivre à Montpellier. ça n'a pas été très dur de quitter ma famile, j'étais petite et contente de retrouver ma maman. J'ai eu du mal au début avec la langue, j'ai un petit peu "morflé" parce que les gamins à cet âge là c'est pas l'amour fou et peuvent se foutre de ta gueule si tu réponds n'importe quoi à leurs questions. J'ai du souffrir pendant trois quatre mois, et ensuite c'est passé, ma mère m'obligeait à parler français à la maison, je pense qu'elle a bien fait. Je suis allée à montpellier, école Lamartine avec l'impitoyable Mr Ceccaldi, un bon professeur mais qui terrorisait la plupart de ses élèves. Un Corse, dur avec une voix prenante, avec des manières à l'ancienne. Je me souviens qu'il nous menaçait souvent de nous frappert les doigts avec une règle pour nous faire peur, et qu'il torturait psychologiquement celui qui se trompait sur ses multiplications lors des interrogations sur ardoise, il le faisait venir devant toute la classe et lui posait des questions du genre "pourquoi tu t'es trompé? pourquoi tu connais pas tes tables de multiplication ? parce que tu es un mauvais élève, c'est ça ? ahhh les enfants regardez ce mauvais élève ! !" c'était horrible ! . Ensuite je suis allée au collège et Lycée Joffre. Le collège ça a été mes pires années, encore dûe à la cruauté des gosses à cet âge là. Le lycée ça a été plus sympa, j'ai réussi à devenir une élève moyenne, et j'ai intégré la section international espagnol. J'était définitivement bien intégrée, j'ai eu énormément de copains, de copines, j'ai fait partie de groupes de tous genre et j'ai fait une très grosse crise d'adolescence. Entre temps je suis rentrée deux fois au Chili, et ma famille nous a visités 3 fois. Jusque là tout s'est très bien passé, je me suis toujours sentie Française en gros mais visceralement Chilienne. Quand les gens me demandent si je me sens plus française ou plus Chilienne c'est impossible pour moi de répondre, c'est vrai !
Alors voilà, toute mon adolescence en France s'est bien passée, j'ai intégré sciences po Lille en 2004 et j'ai pas mal pensé à faire ma troisième année obligatoire à l'étranger au Chili. En fait, durant toutes ces années vécues en France, j'ai cru que ce que je ne retrouvais pas en France je le retrouverais au Chili, je me suis souvent dit "Les gens sont plus gentils au Chili", "Les gens sont plus ouverts au Chili". . . j'avais pas vraiment idée de ce qu'était vraiment le Chili, qu'est-ce qu'on connaît de la vie à 7-8 ans? j'avais des souvenirs d'enfant, en général de bons souvenirs heureusement, mais tout ça a joué dans le sens d'une très très grosse idéalisation. C'est incroyable d'un point de vue analytique, comment j'ai intégré en si peu de temps mon identité nationale d'une manière aussi forte, j'ai souvent senti mon coeur battre plus fort en entendant l'hymne Chilien, j'ai souvent pleuré en voyant des films et des reportages sur le coup d'état militaire, et surtout je me suis sentie extrêmement émue quand je suis arrivée à Paris, devant le consulat Chilien en voyant le drapeau flotter dans le ciel ! ! Alors le bonheur que j'ai eu quand l'avion a atteri en territoire Chilie, et que les gens on applaudi (oui les Chiliens applaudissent quand l'avion arrive à destination, rassurant non ? )
J'ai senti que le Chili m'appelait, je voulais revoir ma famille et peut être vivre une rupture dans ma vie, je pensais vraiment que ça serait une expérience formidable.
Je suis arrivée dans un pays ou les chauffeurs de bus conduisent à 130km/h en plein centre ville, et ou on manque d'être projeté en avant ou en arrière du bus à chaque freinage ou redémarrage, ou les gens se bousculent dans le métro sans pitié et s'enfoutent s'ils sont en train d'enfoncer leurs coudes sur ton oeil ou ton ventre et si tu vas pouvoir sortir ou non de la rame. Ou tous les deux mètres tu entends de inépties de la part des mecs, parce que tu portes un petit décolleté ou juste parce que tu as des seins et des fesses, et ou je vis mieux depuis que j'ai un lecteur mp3 que je peux mettre à fond pour ingorer ça. Ou jusque les taxis et les voitures te klaxonnent parce que t'es une "mijita rica" (bonasse) et finalement parce que t'es une nana. Ou finalement les gens en général ne sont pas ouverts du tout et assez intolérants et racistes. J'avais jamais entendu de ma vie qu'une "race" était inférieure, ou que certaines nationalités sont stupides et ne mériteraient pas d'exister, à propos des péruviens, et ça c'est une jeune fille qui me l'a dit tout naturellement. c'est peut être une question de circonstances, je vous l'accorde...Les stéreotypes sur les français m'énervent énormément, ici les gens sont persuadés que les français sont sales et qu'ils mettent du parfum pour cacher l'odeur de saleté, et que les françaises ne s'épilent pas les jambes et sous les bras. Et pourtant la France est aussi symbole de Chic et d'élègance, et souvent une marque cherche à se faire plus d'argent en mettant un mot français dessus, il y a le chocolat "La fête" fabriqué au Chili, le Savon Le Sancy, le parfum "Eau de Jean Luc..." enfin des trucs comme ça. C'est vraiment paradoxal.
Voilà, je ferais peut être des posts à thème pour que ce soit moins vrac, et long à lire, parce qu'il y a énormément de choses à raconter, J'apprends à accepter mon pays comme il est, mais c'est dur, j'ai pas le choix et je pense que je finirais par l'aimer, tous les clivages, injustices et inégalités me choquent, et aussi l'ignorance et ce qui est pour moi le manque de politesse (le fait que les gens annulent les rendez vous au dernier moment ou qu'ils arrivent une heure en retard). Juste je me rends compte que je ne retrouve pas ici ce que j'ai trouvé de normal et courrant dans un pays, comme la France, et je me suis perdue dans l'ethnocentriste. Le Chili est peut être un des pays les moins pires d'entre les pays d'amérique latine m'a-t-on dit au niveau du machisme etc. . .. Je pense qu'un Français doit trouver ici des choses excitantes et surprenantes, sans avoir d'engagement ni de comprimis avec le Chili. ça doit être plus facile. J'ai crée des liens affectifs tellement forts avec ce pays, qu'en voyant qu'il ne me donne pas ce que j'attendais, je suis déçue. . Le Chili a ses côtés bons, et beaucoup, c'est un beau pays, les gens sont gentils, etc. . . mais je suis pour le moment plus choquée par les mauvais. Voilà, ça c'est du choc culturel !